JEAN DE LA BRUYERE

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JEAN DE LA BRUYERE

Message  Casus Belli le Sam 29 Mar - 19:01

LES CARACTERES
Les Caractères est un ouvrage incontournable de la littérature française de mœurs ; moralistes, découpées en maximes, courts paragraphes ou aphorismes, les réflexions sont regroupées par thèmes (Des femmes, De la cours, etc.).
Dans la PRÉFACE, l’auteur indique qu’il s’est donné pour mission d’instruire le lecteur afin qu’il se corrige, qu’il retienne et applique des leçons. Mais le miroir que La Bruyère tend à ses contemporains peut aussi avoir valeur distractive.
La préface est structurée comme suit : présentation de l’ouvrage, objectif, intérêt ; puis l’auteur décrit ses choix, explique les raisons de ses ajouts (l’œuvre s’est étoffée, l’auteur y a ajouté des réflexions au fil des rééditions), et la dynamique qu’il y a eu avec le public ; il termine sur le souhait de voir les lecteurs-rices changé-es plutôt que d’être admiré par eux, elles.
La Bruyère pense avoir su peindre les mœurs de son siècle. Il attend du lecteur-rice qu’il-elle reconnaisse ses défauts, et qu’il-elle ne déforme pas ce que l’auteur prononce.
La dernière assertion :
J. de La Bruyère a écrit:« Ceux enfin qui font des maximes veulent être crus : je consens, au contraire, que l’on dise de moi que je n’ai pas quelquefois bien remarqué, pourvu que l’on remarque mieux. »
indique que l’auteur préfère qu’on lui montre ce qu’il a mal remarqué, à la condition que ce soit plus exact. C’est de modestie qu’il fait preuve ici, l’auteur est dans une démarche de dialogue avec les lecteurs, il consent à se parfaire.
La Bruyère se place en défenseur des Anciens.
Voici quelques interprétations de leçons sur les différents thèmes que l’auteur aborde :

DES FEMMES
La population des femmes est variée et tout en relief. Nous avons pêle-mêle : la superficielle, la naturelle, la coquette, l’inconstante, la légère, la volage, la dévote, la courtisane, la perfide, etc. Explorons :
- Certaines femmes sont artificielles, n’ont d’intérêt qu’en apparence, elles s’avèrent limitées, leur air est feint, leur démarche calculée : elles manquent de cœur et sont hautaines. À l’inverse, d’autres sont nobles, solides, vertueuses, simples, naturelles : elles regorgent d’amour et sont modestes.
- Certaines se maquillent, use d’apparats. Elles sont superficielles. D’autres ne recherchent rien de plus qu’une image fidèle d’elle-même, sans excès. Elles sont naturelles. Au fond, qui est la plus modeste des deux ? Si les femmes étaient aussi belles au naturel qu’avec fard et parure, « elles seraient inconsolables. »
- La femme coquette pense que les femmes vieillissent, sauf elle. À un âge avancé, elle continue de se parer et de se farder. La même parure qui faisait resplendir sa jeunesse, l’accuse.
- La femme est-elle en perpétuel mouvement du cœur ? Celle qui n’aime plus, c’est l’inconstante ; celle qui aime déjà un autre, c’est la légère ; celle qui ne sait pas si elle aime ou ce qu’elle veut, c’est la volage ; celle qui n’aime rien, c’est l’indifférente.
- La pire de toutes : la perfide. Elle n’est pas plus blessée de faire des promesses que de les violer. Son infidélité n’est pas connue de l’intéressé. Mais la perfidie des femmes a son revers :
J. de La Bruyère a écrit:« elle guérit de la jalousie »
.
- Deux missions remplissent la vie de certaines femmes : l’engagement, et le désengagement.
J. de La Bruyère a écrit:« il ne manque à l’un que le contrat, et à l’autre que le cœur ».
- On observe une opposition entre la dévote et la courtisane. Épouser une dévote, c’est épouser une femme qui se trompe elle-même : que peut-on attendre d’une femme qui trompe Dieu pour un mari ?
- Tous les traits de caractère des femmes ont leur revers : un excès de modestie cache une vanité, une fausse vertu cache une hypocrisie, une sagesse de parure n’est que pruderie.
- Certaines femmes se tirent dans les pattes : mais au final, la plus souffrante, est celle qui en veut à l’autre. Les mêmes arguments qui ont été proféré pour destituer l’autre, l’embellissent.
-
J. de La Bruyère a écrit:« Une femme qui n’a jamais les yeux que sur une même personne, ou qui les en détourne toujours, fait penser d’elle la même chose »
: qu’elle n’est pas indifférente à la personne en question.
- Paradoxe : on aime les femmes pour leur caprice, bien qu’elles multiplient les caprices pour se débarrasser de nous.

DU CŒUR
L’amour apparaît brusquement, alors que l’amitié s’échafaude sur la longueur. L’amour peut être plus puissant en quelques instants que l’amitié en plusieurs années. L’amour se joue dans l’éphémère, alors que l’amitié se joue dans la régularité. L’Amour a le temps contre lui, l’amitié pour. Ce qui fait survivre une amitié, éteint l’amour. L’amour est sans concession, tend à l’extrême, à la folie. L’amitié est mesurée, tend à la perfection, à la sagesse. En amour, le cœur a ses raisons que la raison ignore ; en amitié, la raison a du cœur que le cœur n’ignore pas.
L’auteur distingue plusieurs milieux : le peuple, la ville, la cours.

DE LA VILLE
Dans un livre scolaire étudiant l’ouvrage de La Bruyère, l’auteur pose la problématique suivante « Au total, La Bruyère vous parait-il favorable à la ville ou critique à son égard ? » Répondre à la question ainsi posée serait réducteur. La société de ville a ses défauts, mais aussi les moyens de se corriger, et sont goût propre.
La ville de Paris y est présentée comme étant attirante, mais pas aimante. On veut en être, mais on n’oublie pas de cracher dessus.

DE LA COURS
Cette partie est la plus conséquente : c’est le plat de résistance de l’œuvre, où tous les caractères précédemment traités (Des femmes, De la ville, De la société et de la conversation, Du mérite personnel, etc.) se donnent rendez-vous. La cours est le théâtre de tous ces caractères. Dans quelle mesure le monde est un théâtre ?
Le monde est un théâtre folklorique, peuplé d’actrices, d’acteurs, de rôles, de faux pas, d’intrigues, de rebondissements, où la nature humaine est mise à nue, où la vertu est rare. L’on aime cette polyphonie, les imprévus, les monologues intérieurs, les scènes iconoclastes, les fins tragiques, les personnages grotesques, l’expression comique qui résulte de tout ce tumulte. La comédie est dans les mœurs, et longue est la littérature française la peignant : La Comédie humaine, Les Liaisons dangereuses, le classicisme, etc.

DES GRANDS
Objection à monsieur La Bruyère : Fragment 25
J. de La Bruyère a écrit:« […]Faut-il opter ? [entre être des Grands ou être du Peuple] je ne balance pas : je veux être peuple »
: pourquoi, alors, vouloir un trône à l’Académie ? On ne saurait imaginer sphère plus éloignée du peuple et de ses préoccupations.

DE L’HOMME
Définition du comique de portrait : c’est l’accumulation des traits grossiers, la description des travers des personnages. En rassemblant toutes leurs mauvaises manières, leurs gaucheries, on obtient un portrait comique.
Fragment 128 : l’homme de campagne est comparé à une bête, il vit de sa terre, et c’est tout juste s’il a face humaine ; ce dernier est un rouage essentiel de la société : il fait le travail physique pour d’autres. La Bruyère fait montre ici d’une certaine modestie. C’est grâce aux hommes de campagne qu’il a son pain quotidien.

DE LA MODE
J. de La Bruyère a écrit:« La curiosité n’est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare, unique, pour ce qu’on a et ce que les autres n’ont point. Ce n’est pas un attachement à ce qui est parfait, mais à ce qui est couru, à ce qui est à la mode »
On observe ici des idées proches de la théorie du mimétisme.
La mode n’a pas de fond, pas de socle ; elle est mouvante, et s’attache à la rareté, moins par désir d’être que de paraître. La mode est éphémère par essence. C’est la passion fugace de soi-même.
La vertu résiste à la mode.

DES ESPRITS FORTS
De même que Pascal, La Bruyère tend à placer Dieu comme l’animateur de tout ce monde qu’il décrit. Dieu serait le véritable moteur de tout esprit fort.
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