GUY DEBORD

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GUY DEBORD

Message  Casus Belli le Dim 30 Mar - 13:48

LA SOCIÉTÉ DU SPECTACLE _1967

Fragment 128 : je comprends qu’une société érigée en classes sociales est une des bases du déchirement du temps : la bourgeoisie [Classe dominante en régime capitaliste, qui possède les moyens de production _Petit Robert 2009] s’approprie le temps dit irréversible, et laisse les travailleurs prolétaires [Personne qui ne possède pour vivre que les revenus de son travail (salaire), qui exerce un métier manuel ou mécanique et a un niveau de vie relativement bas dans l'ensemble du groupe social_Petit Robert 2009] dans un mode de vie dit pseudo-cyclique. Les deux classes, propriétaires et travailleurs prolétaires ressentent l’Histoire, mais le premier se sent acteur quand le second n’a que l’impression de faire partie du décor. Le travailleur salarié ressent de plein fouet l’abandon qu’il représente au sein de la vie capitaliste : « Nous sommes les enfants oubliés de l’Histoire » dira le protagoniste anonyme dans le film Fight Club. C’est ainsi que le salarié à vie aura ressenti son existence comme un constant échec de soi, entrant dans la vie professionnelle en esclave, en ressortant oublié de la société pour laquelle il a sacrifié sa vie. À aucun moment il a été acteur du temps irréversible, il n’a été que figurant du temps pseudo-cyclique, temps pseudo-cyclique producteur de l’illusion d’un temps irréversible. Ce manque d’estime le conduit à marchander le temps (mais aussi l’espace), sous la forme de vacances, seule raison pour laquelle le non-propriétaire travaille désormais. Le temps et l’espace de la personne deviennent des consommables, ultime objet du spectateur de la société du spectacle. Le capitalisme s’érigeant dans une dimension mondiale, il faudra d’autant plus de temps et de lointain pour le salarié frustré en vacances : voire les mégalopoles où le capitalisme a explosé (New-York dite The Big Apple, berceau de l’idéologie Time is money), ou au contraire visiter les pays dits « pauvres » ou en développement. Son seul moyen de dépaysement est de « rattraper » le temps irréversible qu’il perd tous les jours au travail, en l’observant en mouvement ailleurs. Ainsi, le monde unifié perd de sa substance, les individus se transformant peu à peu en unité d’espace-temps consommables les uns envers les autres. Plus rien n’a d’importance au monde s’il n’a pas sa place au sein d’un spectacle consommé. Pour la société du spectacle, l’avenir n’est qu’un événement.
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Casus Belli
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