ALBERT CAMUS

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ALBERT CAMUS

Message  Casus Belli le Dim 30 Mar - 13:41

L’ÉTRANGER _1942
* Meursault est étranger au monde. La narration apparaît froide, monocorde, « blanche ». Le monde lui est absurde.
A. Camus a écrit:« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
L’indifférence l’accable dés l’ouverture du roman. Je ne pense pas qu’il soit une victime. Je pense au contraire qu’il est solide comme un roc, là où ses congénères tournoient sans arrêt. Il est Étranger parce qu’il est seul à atteindre le bonheur. Il n’est pas veule, ce n’est pas une épave, mais au contraire, c’est un homme d’aveu, qui a tué l’affect passager, un homme de l’absolu. Le bonheur est ce qui est durable. Il n’est pas possible tant que les tourments nous saisissent, tant que l’affect se joue de nous. Tout sentiment dirigé finit par s’éteindre, même le Deuil, même l’Amour.

* L’image du Christ est galvaudée : au lieu de suivre son exemple, les hommes qui se chargent de juger Meursault s’en servent pour ennuyer les autres et faire peur :
A. Camus a écrit:« Il agitait son crucifix presque au-dessus de moi. À vrai dire, je l’avais très mal suivi dans son raisonnement, d’abord parce que j’avais chaud, et qu’il y avait dans son cabinet de grosses mouches qui se posaient sur ma figure, et aussi parce qu’il me faisait un peu peur. »
p105

Ainsi, le Christianisme est devenu ennuyeux, et quelque peu effrayant. Au lieu de nous tourner vers nos péchés, on se fie à un corpus de valeurs figées qu’on est censé suivre. Le Christ qu’on présente à l’Étranger n’est pas générateur d’aveux, mais générateur de peurs. Meursault est un Christ différent : il a vaincu ses peurs, a trouvé sa vérité, et n’essaie pas de l’infliger aux autres. Les autres sont comme étrangers à eux-mêmes. Ils ne se sont pas sondés, et s’en remettent à des valeurs vétustes, d’il y a 2000 ans. Meursault est un Christ du perpétuel présent. Un Christ non figé. Un Christ résolument moderne.

* Le livre est scindé en deux parties. La fin de la première partie se termine sur le meurtre. Il vient de frapper à la porte du malheur. Sa vie réglée prend fin. Commence alors la vie déréglée, la deuxième partie. Mais le style ne change pas. Les phrases sont toujours au passé composé (ce qui « accentue la solitude de chaque unité phrastique ») ; pourquoi est-ce que ça ne change pas ? Parce que la distance que l’Étranger prend par rapport à sa vie est la même, qu’elle soit réglée ou déréglée.

* L’Étranger est entouré d’individus qui n’ont pas vaincu leur peur, leur Amour (son voisin jaloux), leur Deuil (le maître du chien). En conséquence de quoi, ce qu’ils jugent, ce n’est pas le meurtre de l’Arabe ; ce qu’ils jugent c’est son indifférence apparente au monde. Parce qu’eux vivent constamment dans l’affect.

* L’homme et son chien sont à l’image de Meursault et son patron : plus l’employé désire de libertés, plus le patron tire sur sa laisse. Mais à la différence du chien, l’employé qu’est Meursault n’est pas affecté. Parce qu’il comprend le caractère absurde de cette situation.

* Qu’en est-il du meurtre ? Il y est fait état d’une chaleur intense à ce moment, le même soleil que le jour où il a enterré sa mère. Ce soleil ne laisse aucune zone d’ombre.

* L’assertion « absurde » m’est préférable à « la vie n’a pas de sens ». Pourquoi ? Parce que la première est une affirmation, alors que la deuxième est une négation.

A. Camus a écrit:"...J'ai résumé L'Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu'elle est très paradoxale : 'Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à mort.' Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société ou il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c'est pourquoi des lecteurs ont été tenté de le considérer comme une épave. Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir."

"...On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant dans L'Étranger l'histoire d'un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Meursault pour moi n'est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d'ombres. Loin qu'il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde, parce que tenace l'anime, la passion de l'absolu et de la vérité. Il m'est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j'avais essayé de figurer dans mon personnage le seul christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l'aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l'affection un peu ironique qu'un artiste a le droit d'éprouver a l'égard des personnages de sa création."

_LA PESTE_1947

* p254, le Père Paneloux, sur son lit de mort, en proie à une fièvre, une toux, une torture atroce. Est-ce la peste ? Le chapitre se termine ainsi :
Albert Camus a écrit:« on inscrivit sur sa fiche : « cas douteux » »
Il est ici permis de se demander : quelle maladie Albert Camus a mis en évidence ? Au regard de certaines autres pièces de son œuvre, j’ose affirmer que la maladie métaphorique qu’il a épinglé est : la peur du Jugement de Dieu.

_LA CHUTE _1956

* La vie de ce Juge-pénitent est tourmentée : il vogue dans l’existence tel un homme serein au début, puis, à la cime du bonheur, le vertige étant de trop, c’est la chute qui survient.

* Dans l’Enfer il évolue : référence à Dante. Et ce n’est pas tant un mal, si l’on sait ce qu’il y a au milieu des cercles : l’ouverture vers le Paradis.

* Cette femme qui a voulu en finir en sautant du pont, est ce qui provoque sa chute ; plus tard, lorsqu’il regarde les eaux, il aperçoit un point noir. Ce point noir est l’idée du suicide qui l’a accompagné tout au long de son existence. C’est aussi l’idée du noyé, perdu dans l’immensité du cours d’eau (image de l’existence).

* Un péché sans Dieu est-il possible ? p116 : « Dieu n’est pas nécessaire pour créer la culpabilité, ni punir. »
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